Romans-sur-Isère déjoue les clichés : derrière la carte postale, la réalité s’invite sans fard dans les discussions, jusque sur les bancs publics. Si les chiffres de la délinquance s’affichent en hausse, c’est tout un tissu social qui se tend, se fragilise, et parfois se déchire sous la pression du quotidien.
Romans-sur-Isère face à ses quartiers sensibles : état des lieux et réalités sociales
À Romans-sur-Isère, la carte des tensions ne se limite pas à la vieille ville ou à la promenade le long de l’Isère. Le quartier de la Monnaie s’est imposé, malgré lui, comme le terrain d’expression de toutes les fractures. Ici, la précarité n’est pas une abstraction. Un taux de chômage qui dépasse la moyenne nationale, des familles entassées dans des logements sociaux aux façades rénovées mais aux ascenseurs fatigués, et une jeunesse que l’on regarde de travers dès la nuit tombée. Les chiffres ne laissent pas place au doute : la sécurité, notée entre 0 et 1,8 sur 5 selon les indicateurs locaux, décline. Les interventions policières bondissent de plus de 35 % depuis 2026.
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Le quartier de la Monnaie concentre les regards et les rancœurs. Rodéos bruyants, altercations sur le parking, trafic de drogue qui s’installe dans les cages d’escalier, rien n’échappe au radar des habitants ni à celui des forces de l’ordre. Les investissements publics, eux, s’élèvent à 150 millions d’euros depuis 2014. Sur le papier, les rénovations sont là. Mais la vie quotidienne, elle, raconte une autre histoire : celle d’un sentiment d’abandon qui colle à la peau. La police municipale a vu ses effectifs tripler en dix ans, les contrôles se multiplient. Pourtant, le débat reste vif. Certains crient à l’urgence, d’autres défendent la réalité d’un quartier qui ne se résume pas à ses statistiques.
Le malaise ne s’arrête pas aux frontières de la Monnaie. Le centre-ville et les abords de la gare sont aussi concernés. Voici comment cette tension diffuse se traduit sur le terrain :
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- Une augmentation de 18 % des plaintes en centre-ville
- Une progression de 12 % des signalements autour de la gare
Commerçants aux rideaux baissés plus tôt, parents inquiets pour les écoles maternelles fermées pour vétusté : le quotidien se durcit. Marie-Hélène Thoraval, maire de Romans-sur-Isère, ne mâche pas ses mots : « l’insécurité n’est pas un ressenti, mais une réalité vécue ». Dans la Monnaie, la confiance envers les institutions vacille, mais l’envie de croire à un avenir meilleur ne disparaît jamais tout à fait.

Mort de Thomas à Crépol : quels impacts sur la sécurité et la perception des quartiers ?
L’affaire Thomas, ce soir de novembre 2023 à Crépol, a mis sous le feu des projecteurs une situation déjà explosive. La mort de ce jeune homme, lors d’une rixe impliquant des jeunes du quartier de la Monnaie, a ravivé toutes les tensions. En quelques semaines, Romans-sur-Isère est devenue le symbole d’un malaise profond, où chaque fait divers vient nourrir le sentiment d’insécurité.
Ces événements dramatiques ne sont pas isolés et s’inscrivent dans une séquence qui aggrave le climat local. Voici quelques épisodes récents qui ont contribué à cette crispation :
- Rixe mortelle dans le quartier
- Guet-apens à la rentrée 2025
- Tensions récurrentes entre groupes de jeunes
Le quartier de la Monnaie, déjà sous surveillance, voit sa réputation se durcir. Le climat social s’envenime, et le sentiment d’être stigmatisé grandit chez ceux qui y vivent. Les répercussions ne tardent pas :
- Les contrôles de police et les interventions se multiplient, avec une hausse de 35 % depuis 2026
- Les débats sur les tensions ethniques et les discriminations s’intensifient
- Le fossé se creuse entre le quartier et le reste de la ville
La population ne réagit pas d’une seule voix. Certains réclament des peines exemplaires, d’autres refusent l’amalgame. Les statistiques continuent leur course : la sécurité reste évaluée entre 0 et 1,8 sur 5 dans la Monnaie, les plaintes s’empilent au centre-ville. Malgré les 150 millions d’euros investis depuis 2014, la défiance envers les institutions s’installe. Pour beaucoup de jeunes, l’horizon paraît bouché, et la réponse sécuritaire, si massive soit-elle, ne suffit plus à apaiser les fractures. Un constat qui laisse la ville à la croisée des chemins, entre repli et volonté de tourner la page.

