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Impacts négatifs de la construction : une analyse approfondie

Les émissions de gaz à effet de serre issues du secteur du bâtiment dépassent désormais celles du transport routier dans plusieurs pays industrialisés. Malgré des réglementations environnementales renforcées, la croissance des chantiers urbains ne ralentit pas. La réutilisation des matériaux, souvent présentée comme une solution, reste marginale dans la plupart des projets majeurs. L’écart persiste entre les ambitions affichées et les pratiques courantes du secteur.

Comprendre l’empreinte environnementale de la construction aujourd’hui

Bâtir, façonner, planifier : la construction redessine nos villes, mais son impact environnemental s’accroît sans relâche. Les chiffres de l’ADEME parlent d’eux-mêmes : le bâtiment utilise 44 % de l’énergie consommée en France. Sur le plan mondial, il concentre à lui seul 42 % des émissions annuelles de carbone. Malgré les promesses d’une industrie plus verte, les émissions de gaz à effet de serre générées par les chantiers, les matériaux et l’exploitation des bâtiments continuent leur montée depuis 1990.

L’évolution des besoins matériels s’accélère. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement et l’OCDE tirent la sonnette d’alarme : chaque année, la demande en ressources naturelles grimpe, tout comme les conséquences de leur extraction et transformation. En Belgique, le secteur utilise un tiers de la ressource en eau disponible. Rien qu’en Wallonie, six millions de tonnes de déchets de construction et de démolition s’empilent année après année.

Regardons de plus près le fonctionnement du secteur : la logistique des matériaux conserve une lourde empreinte énergétique et l’économie circulaire peine à s’installer. Les initiatives pour améliorer l’impact environnemental avancent à petits pas. Recyclage limité, attachement aux matières premières vierges, l’immobilisme domine encore.

Plusieurs axes concentrent les effets négatifs :

  • Émissions de gaz à effet de serre : principalement issues de la fabrication du ciment, de l’acier et des principaux matériaux de base.
  • Consommation d’eau et d’énergie : toujours à la hausse, particulièrement dans les grandes agglomérations.
  • Déchets massifs : dans certaines régions, près de la moitié des déchets industriels vient du bâtiment.

À ce jour, répondre au besoin de logement et d’infrastructures tout en allégeant l’empreinte écologique reste une équation sans solution évidente.

Quels sont les principaux impacts négatifs sur les écosystèmes et la société ?

Les chantiers bouleversent durablement les écosystèmes et modifient l’organisation sociale. Difficile de passer à côté de l’artificialisation des sols : disparition accélérée des terres agricoles, recul des surfaces boisées, éclatement des milieux naturels. Conséquence : la biodiversité décline, les passages vitaux pour la faune se referment. Les services fournis par les écosystèmes (stockage du carbone, qualité de l’eau, fertilité des sols) en pâtissent et les territoires perdent en robustesse face aux crises à venir.

Le recours à des matériaux de construction très émetteurs, comme le ciment ou l’aluminium, aggrave le bilan carbone : le seul ciment signe 2,9 % des émissions françaises de gaz à effet de serre. La gestion des déchets reste problématique : en Wallonie par exemple, près de la moitié des déchets industriels provient des chantiers, or la filière peine à instaurer une logique circulaire à la place de la décharge systématique.

À l’échelle urbaine, le boom de l’urbanisation concentre plus d’habitants, sature les infrastructures, multiplie les besoins en mobilité. À l’inverse, l’étalement fragmente les espaces, rallonge les trajets quotidiens, et dégrade la qualité de vie. Les quartiers évoluent en archipels dépendants des arbitrages d’aménagement et de l’équilibre foncier.

Voici les effets les plus tangibles de cette dynamique incessante :

  • Destruction de sols agricoles et d’espaces naturels
  • Tension grandissante sur l’eau et l’énergie
  • Explosion durable des émissions de gaz à effet de serre
  • Vie urbaine de moins en moins respirable

Jeune femme en masque dans un parc urbain en construction

Des pistes concrètes pour intégrer la durabilité dans les pratiques du secteur

La construction durable amorce sa percée. Sous l’impulsion des nouvelles lois, la filière doit revoir son approche dès la conception. La réglementation environnementale RE2020 impose désormais le recours à l’analyse de cycle de vie (ACV) : chaque bâtiment est passé au crible, de l’extraction des matériaux à la déconstruction. Résultat : de plus en plus de choix se portent sur les matériaux sobres et locaux, au faible pouvoir polluant.

La rénovation thermique apparaît comme la voie pragmatique : elle limite les émissions par rapport au neuf. La SNBC trace l’horizon, cap sur la neutralité carbone d’ici 2050. Les bâtiments à énergie positive, la généralisation des pompes à chaleur, des réseaux de chaleur ou l’emploi régulier d’énergie renouvelable s’installent progressivement dans le quotidien des chantiers.

Gestion des déchets de chantier : le changement prend pied. Tri plus fréquent, réemploi, valorisation deviennent partie intégrante de certains projets. Le principe de circularité avance, même si les taux de recyclage restent perfectibles. Côté urbanisme, on mise davantage sur la densité bien pensée, la conservation des sols, et le recul de l’extension des villes.

Des leviers précis se mettent en place sur les chantiers :

  • Lancement d’études de sol détaillées et adaptées à chaque contexte : on anticipe, on limite les risques, et on adapte les fondations à la réalité du terrain.
  • Application rigoureuse de l’ACV pour appuyer chaque décision structurante, en collaboration avec des bureaux d’études spécialisés.
  • Utilisation de labels environnementaux comme E+C- ou Chantier Zéro Carbone pour garantir, sur pièces, la réduction effective des gaz à effet de serre.

À toutes les étapes, du maître d’ouvrage à l’ingénieur, la mutation s’opère dans le réel, pas dans les discours. Entre les exigences européennes, les objectifs posés par la SNBC et les clients de plus en plus avertis, la pression pour changer gagne du terrain.

Peut-on inverser la tendance avant que la construction ne devienne le symbole permanent de nos propres limites ? La réponse s’écrit, chaque jour, au rythme soutenu d’un secteur qui n’a plus le luxe d’attendre.