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Travaux autorisés en cours de bail : les règles à connaître

Changer une moquette usée sans l’accord du propriétaire expose le locataire à une remise en état à ses frais. À l’inverse, un bailleur ne peut imposer des travaux en pleine période d’examens, sauf urgence avérée. Droit d’accès, autorisations écrites, délais de prévenance : le cadre légal s’articule autour de règles strictes et de nuances souvent méconnues.Le moindre aménagement ou chantier peut générer incompréhension et litiges. Mieux vaut connaître précisément les droits et obligations de chacun pour éviter les mauvaises surprises.

Ce que la loi prévoit pour les travaux en cours de bail

Le bail d’habitation, qu’il soit vide ou meublé, se fonde sur la loi du 6 juillet 1989. Ce texte balise le terrain pour tous les travaux autorisés en cours de bail. L’exigence centrale : garantir que le logement reste décent pendant toute la durée du contrat. Surface minimum, sécurité, équipements vitaux, performance énergétique : autant de critères qui s’imposent au propriétaire bailleur.

Il revient donc au propriétaire de mettre à disposition et d’entretenir un logement conforme à ces exigences. Impossible de proposer à la location un bien mal entretenu, ou de laisser la situation se dégrader par manque de travaux nécessaires. Les obligations se renforcent chaque année : dès le 1er janvier 2025, tout logement classé G au diagnostic de performance énergétique (DPE) sera exclu du marché locatif. Les logements classés F suivront en 2028, puis E en 2034. La CAF n’hésite pas à suspendre l’aide au logement si la décence fait défaut.

Quant au locataire, il est tenu de respecter les clauses du bail et d’occuper le bien « en bon père de famille ». Prendre l’initiative de travaux qui modifient la structure sans feu vert écrit du propriétaire ? C’est interdit. L’objectif : préserver la tranquillité d’occupation et veiller à la conformité du logement avec la réglementation en vigueur.

Pour clarifier ces rôles, voici les responsabilités de chacun résumées :

  • Propriétaire : devoir de garantir la décence, suivi des normes, impossibilité de louer un logement énergivore selon le calendrier légal.
  • Locataire : respect du bail, absence de modifications structurelles sans accord formel, droit d’exiger un logement conforme.

La réglementation s’appuie sur plusieurs articles du code civil et sur la loi Climat et Résilience, qui renforcent la performance énergétique et la sécurité pour tous les occupants.

Travaux urgents, d’amélioration ou d’entretien : qui décide et qui paie ?

La répartition des rôles entre propriétaire et locataire obéit à des règles précises. Pour l’entretien courant ou les petites réparations, le locataire assume la charge : changer une ampoule, refaire un joint, entretenir les installations du quotidien. Dès qu’il s’agit de toiture, de réseaux, de chauffage collectif ou de mise aux normes, la facture revient au propriétaire.

Face à des travaux urgents (infiltration d’eau, panne majeure de chauffage, grosse fuite), le propriétaire intervient, et ce même en cours de bail. Le locataire doit laisser l’accès, mais si les travaux s’étirent au-delà de 21 jours ou rendent le logement temporairement inhabitable, il peut prétendre à une indemnisation.

Pour les travaux d’amélioration, meilleure isolation, système de chauffage plus performant, rénovation énergétique, c’est encore au propriétaire de régler la note. Toutefois, si les modifications affectent l’usage ou l’organisation du logement, il lui faut obtenir l’accord écrit du locataire. Pour des changements mineurs, informer le locataire peut suffire.

Voici comment se répartissent concrètement les charges selon la nature des travaux :

  • Entretien courant : locataire
  • Réparations structurelles : propriétaire
  • Travaux urgents : propriétaire, avec indemnisation possible pour le locataire si la situation dure

La limite entre embellissement et amélioration peut vite devenir floue. Avant d’engager des frais ou de lancer des travaux, mieux vaut coucher noir sur blanc les intentions de chacun.

Jeune femme en blazer parlant au téléphone dans un hall en rénovation

Conseils pratiques pour bien gérer les travaux entre locataire et propriétaire

Pour éviter les dérapages, la gestion des travaux autorisés en cours de bail passe d’abord par une communication solide. Propriétaire, annoncez toute intervention par lettre recommandée avec accusé de réception. Détaillez la nature des travaux, les dates prévues, la durée estimée. Respectez les horaires autorisés pour travaux : en général, 8h30 à 19h30 en semaine, sauf accord spécial du locataire pour intervenir les week-ends ou jours fériés.

Le locataire doit faciliter l’accès pour les urgences, l’entretien ou la mise aux normes. Pour les visites techniques (devis, métrages, diagnostics), la coordination s’impose. Tracez chaque échange, conservez les accords, surtout sur l’accès et les modalités pratiques.

Pour agir en toute clarté, gardez ces conseils en tête :

  • Demandez une autorisation écrite si les travaux modifient la configuration ou l’usage du logement.
  • Pour tout ce qui relève de l’embellissement, l’accord du locataire reste nécessaire ; à défaut, il peut refuser l’accès.

En cas de blocage, la commission départementale de conciliation (CDC) peut intervenir. Si la médiation n’aboutit pas, le tribunal judiciaire prend le relais. Les recours sont fréquents lorsque les travaux s’éternisent ou provoquent une gêne durable. Pour éviter ces situations, clarifiez les rôles et privilégiez l’écrit à chaque étape.

À chaque chantier, la relation entre locataire et propriétaire se joue sur une ligne de crête : celle du dialogue et du respect des règles. Ceux qui l’ignorent découvrent vite que le moindre conflit peut transformer la plus banale des rénovations en dossier épineux. Rien ne remplace la clarté et l’anticipation lorsque l’ouvrage s’invite entre deux loyers.